{"id":186,"date":"2019-04-21T22:09:57","date_gmt":"2019-04-21T20:09:57","guid":{"rendered":"http:\/\/matu.lu\/?p=186"},"modified":"2019-04-22T11:03:35","modified_gmt":"2019-04-22T09:03:35","slug":"ariane-myriam-leroy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/2019\/04\/21\/ariane-myriam-leroy\/","title":{"rendered":"Ariane \u2022 Myriam Leroy"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Nivelles, calme et cossue bourgade provinciale au sud de Bruxelles. <em>Come back<\/em> au c\u0153ur des ann\u00e9es 1990. C\u2019est l\u2019histoire de deux adolescentes li\u00e9es par une amiti\u00e9 passionnelle, exclusive, codifi\u00e9e et toxique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand la narratrice, 13 ans, croise pour la premi\u00e8re fois le regard d\u2019Ariane, une beaut\u00e9 indienne adopt\u00e9e par une famille riche du Brabant wallon, son univers bascule. En effet, elle-m\u00eame est issue d\u2019une famille de \u00ab\u00a0prolos\u00a0\u00bb hyper catho qui, d\u00e9sireuse de voir leur rejetonne s\u2019\u00e9lever socialement, l\u2019inscrivent dans une \u00ab\u00a0\u00e9cole de riches\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0de blonds\u00a0\u00bb dont elle ne partage ni les codes, ni les loisirs, ni les fringues hors de prix. D\u2019un coup, la fillette inepte et moqu\u00e9e, dont le physique ingrat n\u2019intensifie que l\u2019abyssal ennui, va se voir projet\u00e9e. \u00c9lev\u00e9e au rang de meilleure amie par Ariane, elle se laisse alors entra\u00eener dans un univers grisant, propre \u00e0 l\u2019adolescence, bravant les multiples interdits fix\u00e9s par son \u00e9triqu\u00e9 milieu. Les deux gamines \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb de la classe tourmentent les autres, narguent le monde entier, jouent les Lolitas aupr\u00e8s des gar\u00e7ons et des hommes, s\u2019excitent du go\u00fbt des risques insens\u00e9s qu\u2019elles prennent inlassablement. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, comme dans toutes les passions br\u00fblantes, la flamme s\u2019\u00e9teint brusquement, faisant voler en \u00e9clats l\u2019univers de notre protagoniste. S\u2019instaure alors le harc\u00e8lement psychologique subtilement exerc\u00e9 par l\u2019idole qu\u2019on croyait amie \u00e0 la vie \u00e0 la mort, et dont le spectre ronge le moindre instant du quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce roman, aux allures de chronique sociale de <em>nineties<\/em> fluo et provinciales, \u00e9volue peu \u00e0 peu du r\u00e9cit initiatique au v\u00e9ritable thriller psychologique\u00a0! C\u2019est fort rondement men\u00e9 car, si d\u00e8s le d\u00e9but j\u2019ai retrouv\u00e9 avec une nostalgie \u00e9merveill\u00e9e tous les codes et rep\u00e8res du temps de mon adolescence \u2013 j\u2019avais aussi 13 ans en \u201997, je r\u00eavais de porter des Cimarrons et customisais mes jeans <em>cheap,<\/em> et il y avait forc\u00e9ment une Ariane, superbe et fantasmagorique, dans mon ann\u00e9e au coll\u00e8ge \u2013, le malaise s\u2019est b\u00e2ti au fil des pages, la sympathique identification aux personnages a peu \u00e0 peu tourn\u00e9 au trouble, au glauque, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019angoisse profonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Myriam Leroy d\u00e9ploie son texte \u00e0 la premi\u00e8re personne, laissant planer le doute d\u2019une autofiction. Son \u00e9criture est fluide, on y plonge ais\u00e9ment\u00a0; elle est rythm\u00e9e, on la d\u00e9vore sans s\u2019interrompre. Le sens de la formule et le style vif, ac\u00e9r\u00e9 et un brin narquois qu\u2019on conna\u00eet \u00e0 Myriam Leroy, donnent du mordant \u00e0 la narration. Voici une lecture tant plaisante qu&rsquo;efficace, dont je suis sortie enthousiaste et bluff\u00e9e. Top\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9 Don Quichotte, 2018; \u00a9 Points, 2019.<\/p>\n<blockquote><p>Dans la r\u00e9sidence des Cuvelier, il y avait deux salles de bains: celle des parents, celle des enfants (Ariane avait un fr\u00e8re de quatre ans son a\u00een\u00e9, invisible, ainsi qu&rsquo;une salle plus petite d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la douche). Si je cherchais encore un marqueur de luxe qui me renvoy\u00e2t \u00e0 mon indigence, je l&rsquo;avais trouv\u00e9: \u00e0 la maison, nous n&rsquo;avions qu&rsquo;une seule salle d&rsquo;eau et, pour \u00eatre honn\u00eate, j&rsquo;y allais peu.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 parce qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un r\u00e9duit v\u00e9tuste en soupente dans lequel on croisait r\u00e9guli\u00e8rement des souris, ensuite parce qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s regardants sur la propret\u00e9 dans la famille.<\/p>\n<p>L\u00e0, je d\u00e9barquais dans un monde de douches, douches partout, douches tout le temps, o\u00f9 chacun \u00e9tait pri\u00e9 de s&rsquo;ablutionner une fois par jour, deux quand il faisait chaud ou qu&rsquo;on avait t\u00e2t\u00e9 de la baballe. Autant qu&rsquo;on le voulait si on le voulait. Chez nous, on analysait scrupuleusement les factures d&rsquo;eau et on rationnait quand elles s&rsquo;envolaient, question de principe.<\/p>\n<p>Adulte, je serais percluse de tocs d&rsquo;hygi\u00e8ne, je me brosserais les dents avant de passer un coup de fil par crainte de respirer ma propre haleine ricochant contre le combin\u00e9, mais, \u00e0 douze ans, j&rsquo;\u00e9tais une souillon qui changeait de culotte quand elle commen\u00e7ait \u00e0 se rigidifier.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nivelles, calme et cossue bourgade provinciale au sud de Bruxelles. Come back au c\u0153ur des ann\u00e9es 1990. C\u2019est l\u2019histoire de deux adolescentes li\u00e9es par une amiti\u00e9 passionnelle, exclusive, codifi\u00e9e et toxique. 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