{"id":292,"date":"2020-09-08T14:01:07","date_gmt":"2020-09-08T12:01:07","guid":{"rendered":"http:\/\/matu.lu\/?p=292"},"modified":"2020-11-21T14:52:41","modified_gmt":"2020-11-21T13:52:41","slug":"betty-tiffany-mcdaniel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/2020\/09\/08\/betty-tiffany-mcdaniel\/","title":{"rendered":"Betty \u2022 Tiffany McDaniel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Sans nul doute,\u00a0<em>Betty<\/em> est d\u00e9j\u00e0 un classique de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine tant sa lecture bouleverse, questionne, tiraille, \u00e9merveille et poursuit. C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e9branl\u00e9e, et les yeux inond\u00e9s, que je l\u2019ai referm\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;avoir passionn\u00e9ment englouti&#8230; Un vrai coup de c\u0153ur (encore chez Gallmeister) en cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire 2020\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai directement \u00e9t\u00e9 saisie par les mots de cette petite fille, Betty, par l\u2019univers merveilleux de son papa et par l\u2019amour puissant et lumineux qui les lie. Betty est n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950, au sein d\u2019une fratrie de huit enfants, d\u2019une m\u00e8re blanche et d\u2019un p\u00e8re Cherokee. De ce dernier, elle a h\u00e9rit\u00e9 de la peau mate et des cheveux noir corbeau qui feront d\u2019elle la \u00ab\u00a0Petite Indienne\u00a0\u00bb durant toute son enfance. Mais de lui, elle a \u00e9galement re\u00e7u l\u2019enseignement d\u2019une tradition Cherokee ancestrale au c\u0153ur de laquelle les cycles de la nature, la croissance des v\u00e9g\u00e9taux, la luminosit\u00e9 des \u00e9toiles, les attitudes des animaux racontent le monde. Une tradition de communion et de filiation o\u00f9 la femme occupe une place importante de sagesse et de vie, ce qui rel\u00e8ve de la gageure dans cet Ohio du sud, rural et patriarcal, r\u00e9gi par la loi du talion, un racisme effr\u00e9n\u00e9, la passion des armes et une qu\u00eate de domination triviale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la petite enfance de Betty est berc\u00e9e d\u2019\u00e9merveillement et de tendresse, peu \u00e0 peu, en grandissant, de tr\u00e8s lourds secrets de famille lui sont malgr\u00e9 elle r\u00e9v\u00e9l\u00e9s et des \u00e9v\u00e9nements dramatiques surgissent. Alors Betty \u00e9crit. Pour exorciser la r\u00e9alit\u00e9, elle couche sur le papier le tragique de sa vie d\u2019enfant, qui petit \u00e0 petit la quitte, et enfouit les feuillets dans la terre. Un jour viendra o\u00f9 elle d\u00e9terrera ses d\u00e9mons, les assemblera et les mettra au jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage du p\u00e8re de Betty m\u2019a tout particuli\u00e8rement marqu\u00e9e, tel un soleil brillant et chaleureux, tr\u00f4nant parmi les plus grands rencontr\u00e9s dans mes nombreuses lectures. Dans ce roman fleuve, Tiffany McDaniel parvient \u00e0 entrem\u00ealer l\u2019immense beaut\u00e9 de cette relation p\u00e8re-fille, dont la fra\u00eecheur est r\u00e9confortante et tellement bienfaitrice, et les sc\u00e8nes extr\u00eamement dures, \u00e2pres, d\u2019un monde pas si lointain o\u00f9 le sort r\u00e9serv\u00e9 aux minorit\u00e9s et aux femmes fr\u00f4le la cruaut\u00e9 la plus sauvage. Elle y rend un solide hommage \u00e0 la force de caract\u00e8re de sa m\u00e8re, Betty, et de toutes les femmes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, toujours dress\u00e9es face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 pour affirmer qui elles \u00e9taient. \u00c0 d\u00e9couvrir!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extrait choisi\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u201fTandis que je grandissais, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir des morceaux de papier coll\u00e9s sur la peau. Sur ces morceaux de papier \u00e9taient \u00e9crits tous les noms auxquels j\u2019ai eu droit. Polly la Peau-Rouge, Tomahawk Kid, Pocahontas, sang-m\u00eal\u00e9, la squaw. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me d\u00e9finir, et \u00e0 d\u00e9finir mon existence, en fonction de ce qu\u2019on me disait que j\u2019\u00e9tais, c\u2019est-\u00e0-dire rien. \u00c0 cause de cela, la route de ma vie s\u2019est r\u00e9tr\u00e9cie en un sentier obscur, et ce sentier lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 inond\u00e9, se transformant en un mar\u00e9cage o\u00f9 il m\u2019a fallu patauger.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u201fJ\u2019aurais<\/em><em> pass\u00e9 ma vie enti\u00e8re englu\u00e9e dans ce bourbier si je n\u2019avais pas eu mon p\u00e8re. C\u2019est Papa qui a plant\u00e9 des arbres au bord de ce mar\u00e9cage. Dans les branches de ces arbres, il a accroch\u00e9 des lumi\u00e8res pour me permettre de voir dans les t\u00e9n\u00e8bres. Chacun de ses mots a port\u00e9 ses fruits dans cette lumi\u00e8re. Des fruits qui ont m\u00fbri pour donner des \u00e9ponges. Quand ces \u00e9ponges sont tomb\u00e9es des arbres dans le mar\u00e9cage, elles ont absorb\u00e9 l\u2019eau et je me suis retrouv\u00e9e dans la boue qui restait. En baissant les yeux, j\u2019ai pu voir mes pieds pour la premi\u00e8re fois depuis des ann\u00e9es. Ils \u00e9taient tenus par des mains, dont les doigts \u00e9taient recourb\u00e9s autour de la plante de mes pieds. Ces mains m\u2019\u00e9taient famili\u00e8res. De la terre du jardin sous les ongles. Comment aurais-je pu ne pas savoir que c\u2019\u00e9taient les mains de mon p\u00e8re\u00a0?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u201fQuand j\u2019ai avanc\u00e9 d\u2019un pas, ces mains ont avanc\u00e9 avec moi. Je me suis rendu compte que tout ce temps o\u00f9 j\u2019avais cru \u00eatre seule, mon p\u00e8re avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, avec moi. Pour me soutenir. Pour m\u2019aider \u00e0 garder mon \u00e9quilibre. Pour me prot\u00e9ger du mieux qu\u2019il pouvait. J\u2019ai compris qu\u2019il fallait que je sois assez forte pour rester debout toute seule. Alors j\u2019ai enlev\u00e9 mes pieds des mains de mon p\u00e8re et je suis sortie de la boue. J\u2019ai pens\u00e9 que je serais effray\u00e9e de devoir marcher sans lui le restant de ma vie, mais je sais que je ne serai jamais compl\u00e8tement sans lui, parce qu\u2019\u00e0 chaque pas que je fais, je vois les empreintes de ses mains dans les traces que je laisse derri\u00e8re moi.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9 Gallmeister, 2020<\/p>\n<p>Disponible \u00e0 la librairie Point Virgule \u00e0 Namur:<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/comptoir.librairiepointvirgule.be\/livre\/9782351782453-betty-tiffany-mcdaniel\/\">https:\/\/comptoir.librairiepointvirgule.be\/livre\/9782351782453-betty-tiffany-mcdaniel\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans nul doute,\u00a0Betty est d\u00e9j\u00e0 un classique de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine tant sa lecture bouleverse, questionne, tiraille, \u00e9merveille et poursuit. 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