{"id":303,"date":"2020-11-10T14:26:14","date_gmt":"2020-11-10T13:26:14","guid":{"rendered":"http:\/\/matu.lu\/?p=303"},"modified":"2020-11-10T15:30:47","modified_gmt":"2020-11-10T14:30:47","slug":"le-jour-du-chien-caroline-lamarche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/2020\/11\/10\/le-jour-du-chien-caroline-lamarche\/","title":{"rendered":"Le jour du chien \u2022 Caroline Lamarche"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Si, depuis leur cr\u00e9ation dans les ann\u00e9es 40, les \u00c9ditions de Minuit se dressent en grandes d\u00e9fenseuses d\u2019une litt\u00e9rature de l\u2019intime \u2013 profonde, souvent exigeante, parfois herm\u00e9tique \u2013, il me semble que <em>Le Jour du chien<\/em> de l\u2019\u00e9crivaine belge Caroline Lamarche incarne fort justement la ligne de la maison et doit figurer parmi les tout grands de son catalogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en farfouillant dans le rayon litt\u00e9rature belge de mon bouquiniste que me prend l\u2019envie de m\u2019y plonger. D\u2019embl\u00e9e, une \u00e9criture magn\u00e9tisante me happe. Je comprends apr\u00e8s quelques pages que je tiens entre mes mains un texte singulier, un objet litt\u00e9raire pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un chien perdu, paniqu\u00e9 et hagard court sans but le long d\u2019une autoroute. Il y a six personnes qui s\u2019arr\u00eatent pour lui porter secours. Six personnes qui n\u2019ont rien en commun. Six personnes qui se livrent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un chauffeur de camion trompe son immense solitude en s\u2019inventant une autre vie qu\u2019il se plait \u00e0 raconter dans le courrier des lecteurs de magazines f\u00e9minins et dans laquelle femme et enfants attendent impatiemment au foyer ses retours de longs voyages. Un pr\u00eatre, au soir d\u2019une longue carri\u00e8re pleinement consacr\u00e9e \u00e0 la foi, au service de ses paroissiens et de Dieu, revient sur le grand bouleversement de sa vie\u00a0: son amour pour une femme qu\u2019il s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 ne pas vivre. Il y a aussi un homosexuel rejet\u00e9 et qui a sombr\u00e9 dans la d\u00e9pression, une jeune femme au bord de la rupture amoureuse, une m\u00e8re veuve et sa fille en conflit dans le deuil et la peine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Jour du chien<\/em> est un texte court, d\u00e9nu\u00e9 de fioriture, et pourtant si riche qu\u2019en r\u00e9diger une critique exhaustive est parfaitement impossible. L\u2019\u00e9crivaine parvient \u00e0 rendre avec une d\u00e9licate justesse l\u2019effet produit sur ses personnages par un \u00e9v\u00e9nement aux premiers abords anodin \u2013 la vision d\u2019un chien parfaitement inconnu errant sur le bord d\u2019une route \u2013 qui devient le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9clenchement de la r\u00e9miniscence, grande th\u00e9matique litt\u00e9raire s\u2019il en est. Chacun des personnages voit en effet dans l\u2019errance de ce chien le reflet de sa propre errance. Leur mise \u00e0 nu est sinc\u00e8re, touchante, percutante. Par la puissance de l\u2019\u00e9criture de Caroline Lamarche, les voix font intimement \u00e9cho au v\u00e9cu du lecteur, et finalement l\u2019engagent \u00e0, lui aussi, vivre le \u00ab\u00a0Jour du chien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9 \u00c9ditions de Minuit, 1996 \u2013 \u00a9 Espace Nord, 2012<\/p>\n<p>Disponible chez Point Virgule \u00e0 Namur:<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/comptoir.librairiepointvirgule.be\/livre\/9782930646039-le-jour-du-chien-lamarche-c\/\">https:\/\/comptoir.librairiepointvirgule.be\/livre\/9782930646039-le-jour-du-chien-lamarche-c\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extrait choisi:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Apr\u00e8s avoir vu le chien, j&rsquo;\u00e9tais si boulevers\u00e9e que j&rsquo;ai voulu me livrer tout enti\u00e8re \u00e0 cette \u00e9motion, ou plut\u00f4t il m&rsquo;a sembl\u00e9 que quelque chose d&rsquo;aussi objectivement banal qu&rsquo;un amour qui se termine ne pouvait trouver place dans les heures qui suivaient l&rsquo;atroce course de ce chien. Mon cerveau \u00e9tait en proie \u00e0 une temp\u00eate immense. Il m&rsquo;a sembl\u00e9 que, si je parvenais \u00e0 rester seule dans ce tourment en le laissant peu \u00e0 peu s&rsquo;\u00e9puiser, quelque chose subsisterait qui serait de l&rsquo;ordre de la r\u00e9v\u00e9lation. Alors, au lieu de te retrouver au bistrot habituel pour notre rendez-vous de rupture, je suis all\u00e9e au cin\u00e9ma. Je n&rsquo;ai rien compris, le film m&rsquo;a paru inepte. J&rsquo;\u00e9tait devant l&rsquo;\u00e9cran pour laisser toute sa place \u00e0 la temp\u00eate, pour \u00eatre dans le noir, tout simplement, entour\u00e9e de personnes pr\u00e9occup\u00e9es d&rsquo;autre chose que de moi, pour que l&rsquo;illusion sup\u00e9rieure des images me lib\u00e8re de ton influence, de ton attention de tous les instants \u00e0 mon \u00e9gard, de ta pens\u00e9e qui colonisait insidieusement toutes mes fibres, \u00e0 toute heure du jour. Je voulais me livrer au pouvoir de ce que le chien avait \u00e9veill\u00e9 en moi, trouver le noyau dur du d\u00e9sespoir qui m&rsquo;avait saisie, et que, dans un premier temps, j&rsquo;avais attribu\u00e9 au moment que je vivais, celui d&rsquo;un amour qui se termine.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si, depuis leur cr\u00e9ation dans les ann\u00e9es 40, les \u00c9ditions de Minuit se dressent en grandes d\u00e9fenseuses d\u2019une litt\u00e9rature de l\u2019intime \u2013 profonde, souvent exigeante, parfois herm\u00e9tique \u2013, il me semble que Le Jour du chien de l\u2019\u00e9crivaine belge Caroline Lamarche incarne fort justement la ligne de la maison et doit figurer parmi les tout&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":307,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[50,52,51,49],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/303"}],"collection":[{"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=303"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/303\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":311,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/303\/revisions\/311"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}