{"id":461,"date":"2023-11-06T17:54:52","date_gmt":"2023-11-06T16:54:52","guid":{"rendered":"https:\/\/matu.lu\/?p=461"},"modified":"2023-11-06T17:54:52","modified_gmt":"2023-11-06T16:54:52","slug":"jusqua-la-bete-timothee-demeillers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/matu.lu\/index.php\/2023\/11\/06\/jusqua-la-bete-timothee-demeillers\/","title":{"rendered":"Jusqu&rsquo;\u00e0 la b\u00eate \u2022 Timoth\u00e9e Demeillers"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a se passe fin des ann\u00e9es 2010 dans un abattoir, zoning industriel de la banlieue d\u2019Angers. Erwan y est ouvrier \u00e0 temps plein. Il turbine dur dans le froid pin\u00e7ant des frigos, parmi les innombrables carcasses de vaches qui avancent \u00e0 la queue-leu-leu. CLAC. Elles s\u2019entrechoquent sur les rails. CLAC. \u00c7a ne s\u2019arr\u00eate jamais. CLAC. On doit acc\u00e9l\u00e9rer la cadence. CLAC. On patauge dans des litres de sang. CLAC. Il ne faut pas penser, il faut bosser. CLAC. Pour alimenter l\u2019ogre de la grande distribution, remplir ses rayons de barquettes de brochettes et de steaks hach\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa vie \u00e0 la cha\u00eene \u2013 la m\u00eame que celle de tant d\u2019autres \u2013 est l\u00e9g\u00e8rement agr\u00e9ment\u00e9e des discussions gaillardes entres coll\u00e8gues gal\u00e9riens, des coups de gueules f\u00e9roces des comparses syndicalistes, de quelques godets descendus apr\u00e8s la pause au bistrot, des cong\u00e9s que, tout au long de l\u2019ann\u00e9e, on ne fait qu\u2019attendre comme une d\u00e9livrance. Puis, il y a Laetitia, une jeune saisonni\u00e8re d\u2019\u00e9t\u00e9, dont Erwan tombe amoureux\u00a0: la trou\u00e9e de lumi\u00e8re sur la grisaille du quotidien. De son enfance et de son adolescence restent les souvenirs d\u2019un p\u00e8re tyrannique, des cours s\u00e9ch\u00e9s, des vir\u00e9es avec le frangin tant ador\u00e9. Et il y a les angoisses. Mordantes. Celles qui le conduiront \u00e0 commettre l\u2019irr\u00e9parable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jusqu\u2019\u00e0 la b\u00eate\u00a0<\/em>est un roman social contemporain puissant. Au-del\u00e0 du parcours particulier d\u2019un personnage tiraill\u00e9, complexe, bossel\u00e9 et bross\u00e9 \u00e0 la perfection, c\u2019est la condition ouvri\u00e8re d\u2019aujourd\u2019hui qui est ici interrog\u00e9e et examin\u00e9e. C\u2019est la France de province, ses petites mains, ses travailleurs pauvres, les vies compress\u00e9es des laiss\u00e9s pour compte du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Enfin et surtout, dans ce texte engag\u00e9, le lecteur est brutalement confront\u00e9 \u00e0 une \u00e9criture singuli\u00e8re, lac\u00e9r\u00e9e, efficace et incisive. Timoth\u00e9e Demeillers\u00a0: une voix \u2013 des sans voix \u2013 hors norme, \u00e0 lire de toute urgence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9 \u00c9ditions de l\u2019Asphalte 2017, Asphalte poche 2023.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moins deux ou trois ans, je me disais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moins deux ou trois ans de retraite. Je ne demande pas vraiment plus. Deux ou trois ans. Et \u00eatre encore suffisamment en forme pour profiter. Pour oublier tout \u00e7a. Apr\u00e8s, je peux crever. Mais qu\u2019on me donne au moins \u00e7a. Au moins ces quelques ann\u00e9es de retraite. C\u2019est ce qui se dit, \u00e0 l\u2019abattoir. Pour les rares qui r\u00e9ussissent \u00e0 l\u2019atteindre intacts. Ceux que les m\u00eames gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u00e0 l\u2019infini sur quarante ans n\u2019ont pas trop amoch\u00e9s. Les m\u00eames gestes. Les m\u00eames mouvements du corps. Les m\u00eames muscles qui travaillent. Les m\u00eames tendons, les m\u00eames os. Les m\u00eames os qui, au fil du temps se d\u00e9forment, se calcifient. On devient des formes de mutants, \u00e0 travailler \u00e0 la cha\u00eene. On devrait \u00e9tudier \u00e7a en anatomie. Le corps d\u2019un ouvrier \u00e0 la cha\u00eene. Les transformations du corps d\u2019un ouvrier \u00e0 la cha\u00eene. Les douleurs. Les maux. La journ\u00e9e, \u00e7a va encore. Parce que les muscles sont chauds. Parce que les tendons sont chauds. Mais une fois au repos. La nuit. Les douleurs apparaissent. Les sales douleurs de trop r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames mouvements m\u00e9caniques. Avec l\u2019angoisse croissante de se dire que demain \u00e7a n\u2019ira que plus mal. Parce qu\u2019il faut y retourner. Il faudra recommence. Il faudra alt\u00e9rer son corps un peu plus encore. Et ne rien dire. Et se taire. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on craque. Jusqu\u2019\u00e0 ce que le corps dise stop. Jusqu\u2019\u00e0 ce que la t\u00eate dise non. Les m\u00eames gestes, heure apr\u00e8s heure. Jour apr\u00e8s jour. On demandera peut-\u00eatre un changement de poste. Un changement de poste qui veut juste dire un changement de geste. Aller ab\u00eemer un peu l\u2019\u00e9paule apr\u00e8s avoir bousill\u00e9 le poignet. Quand le muscle, le tendon, l\u2019os devient trop irr\u00e9cup\u00e9rable. Alors terminer sans encombre jusqu\u2019\u00e0 la pleine retraite, c\u2019est l\u2019aspiration de tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme quelques ann\u00e9es de paix apr\u00e8s l\u2019usine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Juste quelques ann\u00e9es de retraite.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/comptoir.librairiepointvirgule.be\/livre\/9782365331180-jusqu-a-la-bete-timothee-demeillers\/\">Disponible chez Point Virgule.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a se passe fin des ann\u00e9es 2010 dans un abattoir, zoning industriel de la banlieue d\u2019Angers. 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