De pierre et d’os • Bérengère Cournut

Grande découverte ! La lecture de ce roman est une immersion totale au sein d’un peuple nomade, chasseur et pêcheur de l’Arctique, et la rencontre frontale avec la riche et extrême culture inuit. De pierre et d’os est sans conteste un roman anthropologique, mais aussi une fresque poétique profonde et un roman d’apprentissage féminin absolument magnifique.

Une nuit, une fracture assourdissante déchire la banquise et sépare irrémédiablement une adolescente du reste de sa famille. La jeune Uqsuralik se retrouve livrée à elle-même, isolée dans l’obscurité et le froid glacial. Seulement pourvue d’une peau d’ours, d’un couteau, d’un manche de harpon et d’une dent d’ours précieusement posée sur sa poitrine comme une amulette, Uqsuralik n’ignore pas que seule, elle n’a aucune chance de survivre. Courageuse et dure comme un roc de glace, elle se met en chemin. Débute alors, dans des conditions extrêmes, une grande épopée polaire au cours de laquelle la jeune femme est confrontée à la faim, au froid intense, aux dangers multiples d’une nature intransigeante, abyssale et affamée, ainsi qu’aux esprits du monde.

Sauvée et recueillie par un clan de chasseurs pêcheurs, elle s’intègre vite et prend part à la vie de la communauté tant en effectuant les tâches domestiques quotidiennes, qu’en participant aux bivouacs de chasse avec une habileté remarquée, admirée et jalousée. L’étrange Uksuralik est à la fois docile et discrète comme le sont les femmes, et courageuse et cruelle comme les sont les hommes.

Uksuralik connaîtra l’amour, la perte, l’âpre violence, la dissolution de soi, la maternité, la force indéfectible de la filiation et surtout la révélation spirituelle absolue, au cours d’une longue vie menée comme un combat forcené contre l’hostilité des hommes, la puissance des éléments et l’âme de la nature.

Bérengère Cournut, vraisemblablement très aux faites, nous offre à découvrir la culture nomade inuit dans de nombreux aspects : les relations qui régissent ses membres, le fonctionnement des couples, des familles et des clans, les pratiques domestiques, alimentaires et vestimentaires… mais aussi et surtout les cérémonies collectives, les fêtes, les rencontres spirituelles et chamaniques. Le texte est ponctué de multiples chants d’hommes, de femmes et d’esprits, interludes poétiques et sensibles comme des respirations procurant un nouveau regard sur le monde.

© Le Tripode, 2019.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *